Les mangroves : des écosystèmes côtiers indispensables au climat
Les mangroves sont des forêts côtières tropicales et subtropicales qui se développent à l'interface entre terre et mer. Présentes dans plus de 120 pays, elles couvrent environ 15 millions d'hectares à l'échelle mondiale, selon la FAO. Mais ce chiffre diminue d'année en année.
Un puits de carbone exceptionnel
La principale caractéristique des mangroves est leur capacité de stockage du carbone, largement supérieure à celle des forêts terrestres. Les recherches publiées dans Nature Geoscience montrent que les mangroves séquestrent entre 6 et 8 tonnes de CO₂ par hectare et par an, grâce à un double mécanisme.
D'une part, la biomasse aérienne (troncs, racines aériennes, feuillage) absorbe le CO₂ par photosynthèse. D'autre part, les sédiments anoxiques (privés d'oxygène) sous les mangroves piègent la matière organique pendant des siècles, voire des millénaires, empêchant sa décomposition et le relargage de carbone.
Un bouclier naturel pour les littoraux
Au-delà du carbone, les mangroves rendent des services écosystémiques considérables. Leurs racines enchevêtrées réduisent de 60 à 80 % l'énergie des vagues lors des tempêtes tropicales, protégeant les populations côtières des submersions. Le tsunami de 2004 dans l'océan Indien a révélé que les zones protégées par des mangroves intactes avaient subi nettement moins de dégâts.
Elles constituent aussi des nurseries essentielles pour de nombreuses espèces marines. On estime que 75 % des espèces de poissons commerciaux tropicaux passent une partie de leur cycle de vie dans les mangroves, ce qui en fait un pilier de la sécurité alimentaire côtière.
Des pertes massives et continues
Environ 35 % des mangroves mondiales ont disparu entre 1980 et 2010. Les causes principales sont l'expansion de l'aquaculture (crevettes notamment), la conversion en zones agricoles, l'urbanisation côtière et la pollution. En Asie du Sud-Est, qui concentre les plus grandes surfaces de mangroves, les pertes sont particulièrement sévères.
Le coût de cette destruction va bien au-delà de la perte de biodiversité : quand une mangrove est détruite, le carbone stocké dans ses sédiments est progressivement relâché, transformant un puits de carbone en source d'émissions.
La restauration : un investissement rentable
La bonne nouvelle est que les mangroves peuvent être restaurées, et que cet investissement est économiquement rentable. Selon une étude de l'UICN, chaque dollar investi dans la restauration de mangroves génère en moyenne 3 à 5 dollars de bénéfices (protection côtière, pêche, tourisme, carbone).
Des projets de restauration à grande échelle sont en cours en Indonésie, au Sénégal, en Colombie et au Bangladesh, souvent financés en partie par les marchés du carbone volontaire. Les crédits carbone issus de la restauration de mangroves font partie de la catégorie du carbone bleu.
Et en France ?
La France possède des mangroves en Outre-mer : Guyane, Martinique, Guadeloupe, Mayotte, Nouvelle-Calédonie et Polynésie française. La mangrove de Guyane, qui s'étend sur environ 70 000 hectares le long de la côte, est l'une des plus dynamiques au monde.
La protection de ces écosystèmes s'inscrit dans la stratégie nationale pour la biodiversité et constitue un complément naturel aux projets de séquestration carbone forestière menés en métropole via le Label Bas-Carbone.



