Avec un tiers de sa surface boisée, la France est l’une des premières nations de l’Union Européenne en surface forestière sur son territoire.Toutefois, les17 millions d’hectaresforestiers, jusqu’alors en constante augmentation depuis 1985, sont aujourd’hui menacés dans leur pérennité par les effets du réchauffement climatique. Les conséquences du changement climatique sont nombreuses : augmentation de la fréquence de survenue d’épisodes climatiques extrêmes (sécheresse suivies de fortes précipitations), intensification des vagues de chaleur, incendies, inondations, etc.
Bien que lesarbres possèdent une forte capacité de résilience, il semble que les activités anthropiques mettent en péril la capacité d’adaptation des peuplements en place.
1/ La capacité de résilience de la forêt et des arbres
Les forêts offrent de nombreux services environnementaux, avec notamment le stockage du carbone atmosphérique, qui joue un rôle indispensable de limitation du réchauffement climatique, mais également des services socio-économiques avec la filière sylvicole.
Depuis environ 380 millions d’années, les forêts ont évolué et se sont adaptées aux multiples perturbations qu’elles ont rencontrées. Les arbres sont aujourd’hui adaptés à des conditions climatiques diversifiées, des zones désertiques au climat chaud et aride jusqu’aux forêts boréales au climat froid et humide. Aujourd’hui, on recense en France plus de180 essences d’arbrescomposant les massifs forestiers nationaux (dont environ64% de feuilluset36% de résineux).
2/ Une forêt impactée par le changement climatique
Depuis 1900, la température moyenne a augmenté de1.7°C en France, avec une moyenne mondiale de 1.1°C. D’après le 6ème rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) paru en 2021 et 2022, la planète se dirige vers un réchauffement de+1.5°C à +2°Cavant 2040, et il n’existe aucun doute quant à l’originedu réchauffement climatique, dûe aux activités humaines.
Une forêt impactée
L’augmentation de la température globale a une forte influence sur les peuplements forestiers, induisant unallongement du cycle de développement annuelpour de nombreuses essences : le débourrement (ou développement des bourgeons) est plus précoce, et la sénescence foliaire (ou perte des feuilles) est plus tardive. Cela nécessite unbesoin en eauplus important du fait d’un cycle plus étendu, et induit unstress hydrique,les réserves en eau des sols n’étant pas suffisantes pour répondre aux besoins des arbres sur un plus long terme.
Par ailleurs,l’augmentation de phénomènes météorologiques extrêmes comme les sécheresses, affaiblissent les arbres en limitant alors leur croissance et leur capacité de défense.Dans le cas d’un épisode caniculaire, l’eau vient à manquer dans les sols, et la hausse des températures accélère l’évaporation de l’eau par les feuilles. La pression de la sève diminue alors fortement dans les vaisseaux, ce qui peut engendrer l’apparition de bulles d’air dans ces vaisseaux. Cette embolie, bloquant la circulation de la sève, est alors fatale pour la plante.
Les périodes deforte chaleursont également favorables audéveloppement rapidede certains insectes, qui en trop grand nombre deviennentnuisiblespour les forêts. C’est le cas du scolyte, insecte xylophage (qui se nourrit de bois), particulièrement dangereux pour les forêts d’Épicéas, et dont la population a particulièrement augmenté en France depuis quelques années.
Pas de forêt = moins de pluie
Petit cycle de l’eau
Au-delà d’une consommation hydrique, les zones forestières favorisent l’humidité atmosphérique et la création de nuage chargée d’eau.En effet, l’évaporation de l’eau par les feuilles crée un courant thermique ascensionnel. L’air chargé d’humidité monte, se refroidit, et condense l’eau rapidement au-dessus des zones boisées. Les précipitations y sont ainsi plus abondantes qu’en zone non boisée. Les zones forestières favorisent donc les pluies. La sécheresse due au réchauffement climatique, fatale pour de nombreux arbres, contribue alors avec la diminution des couverts forestiers à la diminution des précipitations dans les zones alentour. Les impacts du réchauffement climatique ont ainsi une influence notable sur le cycle du carbone et de l’eau.
3- Quels leviers d’action dans nos forêts face à ces changements ?
Bien que l’environnement ait une forte capacité de résilience, le réchauffement climatique actuel du climat semble dépasser la capacité de résilience de certains écosystèmes. Face à ce constat, il devient nécessaire d’agir pour aider les forêts françaises à s’adapter au changement climatique.Il existe quelques leviers d’action permettant à la forêt de se renouveler dans ce changement :
Anticiper en améliorant la gestion des forêts, en adaptant les pratiques aux risques : Employer des techniques de plantation permettant delimiter la concurrence pour l’eaudans les régions ciblées par la sécheresse, Repenser le choix des essences selon les nouvellesaires de répartitionpotentielles dues aux hausses de températures, Anticiper les maladies avec un choix d’essences diversifiées, et des mélanges intra parcellaires, Anticiper les risques d’incendies en structurant les plantations de façon àlimiter la propagation des feux,Gérer les forêts durablement, en pratiquant des éclaircies raisonnées afin de laisser les arbres les plus vigoureux se développer à leur aise -permettant également de produire davantage de bois d’œuvre qui se substituera à des matériaux plus carbonés,Éviter les coupes rases d’ampleur(en dehors des coupes nécessaires pour des raisons sanitaires) afin de limiter le relargage du carbone contenu dans les sols (sylviculture à couvert continu, replantation par petites zones, régénération naturelle, multiplication des classes d’âge…)
Prévenir, en assurant les jeunes plants contre les incendies, les tempêtes, le gel, et contre la sécheresse.
Enfin, de nombreuses actions sont également mises en place, au niveau local, afin d’aller vers une adaptation au changement climatique, dont le développement d’outils visant à évaluer la résilience de nombreuses essences face au changement climatique (la méthode ARCHI portant sur le chêne liège dans les Pyrénées Orientales, le projet CLIMAQ portant sur l’adaptation des forêts de Nouvelle-Aquitaine au changement climatique, ou encore le projet FORECCAST portant sur l’adaptation des forêts du Haut-Languedoc).



